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08 mai 2008

L'autre 8 mai 1945 par Kamel MEZITI

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82032920.jpg Source: Etudes coloniales.canal.blog

 

 

 

 

 

Dans toute la France, et le Mans ne fait pas exception à la règle, on célèbre le 8 mai 1945.

On fête la victoire sur le nazisme ; toute la nation chante la capitulation de l'Allemagne hitlérienne. Mais le silence absolu flotte comme un mal que l'on essaye de refouler au plus profond de soi : l'autre facette « honteuse » du 8 mai 1945.


Chaque année, je ne peux m'empêcher de penser que de l'autre côté de la méditerranée, cette commémoration correspond à l'un des plus grands massacres du colonialisme français. Je ne peux occulter le souvenir de mon grand père sétifien me relatant ses combats  pour libérer la France du joug nazi . Comme de nombreux Algériens, il a gardé un souvenir teinté d'amertume et d'incompréhension face aux évènements de Sétif. C'était une étrange façon d'exprimer la gratitude envers des hommes et des femmes qui ont contribué à libérer la France !


Et oui, pour les Algériens, le 8 mai 1945 est un anniversaire sanglant : celui du massacre de Sétif, ville martyre de l'est algérien.
A cette date, de nombreux algériens sortent dans les rues de Sétif, afin de revendiquer le droit à l’indépendance de leur pays. Un rassemblement qui se solde par une sanglante tragédie, à laquelle participe l’armée française.
Pour la plupart de nos concitoyens cette page honteuse de l'histoire coloniale reste méconnue.

La révolte de Sétif, qui s’est étendue dans tout le constantinois, a causé la mort de près de 45 000 Algériens.
Le grand écrivain Kateb Yacine se souvient qu’« on voyait des cadavres partout, dans toutes les rues.. La répression était aveugle ; c’était un grand massacre. (...) Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes .
On distribuait les armes aux Européens. Tout Arabe non porteur de brassard était abattu .
Les émeutiers brûlés vifs, tortures, exécutions sommaires, enfants et femmes (même enceintes) rarement épargnés.
Il faudra attendre presque 60 ans, pour qu 'enfin la France reconnaisse pour la première fois sa responsabilité dans ce massacre, et que Monsieur Hubert Colin de Verdière, (Ambassadeur en Algérie) en visite officielle à Sétif, évoque cette «tragédie inexcusable» (27/02/2005).

Lors de mon dernier séjour à Sétif, l'été dernier, j'ai flâné dans cette vieille et belle ville, je suis allé à Ain El Fouara (œuvre incontournable de Saint Vidal en 1898) et le passé qui ne m'appartenait pas, m'envahissait car je ne comprenais pas cette injustice, ce silence, cet oubli honteux.

C'est peut être simplement mes origines (3 générations après) qui m'ont rattrapé ou simplement mon envie de justice et mon profond rejet du colonialisme qui a pris le dessus.
Non il n'y a aucun bienfait du colonialisme Français (Projet de la loi du 23 février 2005), c'est même une véritable insulte à tous ceux qui ont subi les crimes du colonialisme.
Malheureusement entre le devoir de mémoire et le droit à l'oubli la route reste encore sinueuse. Une reconnaissance nationale pourrait enfin panser les blessures.

Commentaires

J'ai eu la chance et le privilège ! d'avoir étudié en Algérie ,l'histoire de mon pays sans cela il est clair que le 8 mai 45 serait pour moi une date comme une autre et un jour comme un autre ,merci à toi Kamel pour ce rappel !

Ecrit par : karima | 11 mai 2008

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