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01 novembre 2007
Plainte contre Racisme pour le PS en Auvergne
A Clermont, le choix des candidats PS aux cantonnales s'est terminé par des accusations de racisme.
C'est une affaire qu'auraient pu connaître de nombreuses sections du Parti socialiste. Une affaire où se heurtent des militants à l'ancienne, qui se considèrent comme les meilleurs juges des stratégies électorales locales, et de jeunes militants, issus de l'immigration, qui ne veulent plus être de simples colleurs d'affiche.
Le 10 octobre, Karim Srikah, 29 ans, secrétaire de la section Nord de Clermont-Ferrand du PS, se rend à une réunion du bureau fédéral (l'instance politique), où l'on doit valider les candidatures aux cantonales. Srikah souhaite se présenter. Mais là, une surprise l'attend.
Il y a dans l'assistance le gratin local du PS. Un député (Alain Neri), un conseiller régional, des conseillers municipaux... Les candidatures de la section Nord -sa section- sont évoquées. Et là, selon le récit que Srikah en fait, juste après la réunion, dans une lettre aux militants de sa section, un des conseillers municipaux, Philippe Bohélay, s'emporte contre le système clientéliste mis en place dans le nord de la ville pour bâtir les sections PS, et déclare:
"Les candidatures de la section Nord ne sont pas raisonnables. Nous avions l'habitude de donner des maisons à la Plaine (un quartier de Clermont, ndlr) ou de donner du travail à ces gens-là, et voilà qu'ils veulent être comtes à la place du comte".
Pour Srikah, l'expression "ces gens là" désigne forcément les immigrés et descendants d'immigrés, qui forment la majorité de la population du canton Nord. Le "comte", dans son esprit, ne peut être que le conseiller général sortant, Alexandre Pourchon, fils d'un ancien notable du PS. A lire la lettre de Srikah, Philippe Bohélay a ajouté:
"Le canton Nord est le bastion de la ville de Clermont-Ferrand et il est inconcevable que l'on puisse s'appuyer sur de telles candidatures. Nous aurions dû empêcher ces gens-là, bien avant, d'adhérer au Parti socialiste. Alors que l'on voit des familles, aujourd'hui trois, bientôt vingt, qui risquent de peser demain sur la désignation de la tête de liste des socialistes aux futures municipales. Nous risquons donc de perdre le canton et la ville de Clermont-Ferrand."
Srikah y voit une allusion claire aux familles franco-marocaines, dont la sienne, qui "tiennent" la section PS du Nord. Choqué, il proteste. Un seul membre de l'assistance l'appuie franchement: Guy Kpamegan, prof de lycée, franco-béninois et candidat lui aussi pour la candidature dans le canton du Nord. Ce dernier a, depuis, décidé de démissionner de toutes ses fonctions au sein du parti, et confirme le récit du jeune militant: "C'était du délire, je ne reconnaissais plus Bohélay", nous dit-il.
"Tous les autres sont restés silencieux", rapporte Srikah dans sa lettre. Il décide alors de saisir la commission de discipline du parti...
Le lendemain, après une explication avec les dirigeants socialistes, Karim Srikah signe une nouvelle lettre à ses camarades, sur un papier à en-tête et dans une enveloppe de la fédération:
"Philippe Bohélay a tenu à s'expliquer et a reconnu le caractère maladroit de son intervention, dans laquelle il n'avait cherché à stigmatiser personne. Ses propos n'avaient aucun fondement raciste. Pour ces raisons, je retire ma demande de saisine de la commission des conflits."
Srikah, un employé municipal, père de deux enfants, retire alors opportunément sa candidature. Il n'a pas tenu à s'exprimer depuis.
Deux nouvelles plaignantes
Une autre candidate du canton, Zora El Afghani, porte plainte. Puis Chafia Mentalecheta, ex-pasionaria du PS, qui vient d'en claquer la porte, s'insurge sur son blog , décide de saisir la Halde , porte plainte elle aussi au pénal. Elle écrit à François Hollande:
"L’affaire tente d’être étouffée non pas en sanctionnant l’auteur des propos –ce qui aurait permis une issue noble et digne à ce sordide épisode- mais en exerçant les pressions les plus viles sur celui qui les dénonce."
Au téléphone, elle nous décrit un système socialiste délétère:
"Le PS n'est pas raciste tant que les descendants d'immigrés sont des gens en difficulté, tant qu'il faut les aider, faire la charité. Mais dès que ceux-ci prétendent avoir les même droits, être candidat comme les autres, alors ça coince."
Tensions partout en France
Cette affaire explose dans un contexte particulier, et les nerfs des uns et des autres sont à vif. De telles tensions, autour du thème de la "diversité", ont lieu dans bien des sections, pas seulement dans le Puy-de-Dome. Pour beaucoup de militants d'origine maghrebine, les socialistes ont bâti des sections PS dans les quartiers populaires pour ensuite bloquer les candidatures des militants issus de ces quartiers: soit pour garder leurs postes, soit par crainte de faire peur aux électeurs...
Mais ce calcul est-il malin? L'UMP, pendant ce temps, sans bruit, a décidé de présenter, dans le même canton Nord de Clermont-Ferrand, le candidat Samir El Bakkali... Et il a nommé au gouvernement une femme issue de ce quartier: la secrétaire d'Etat à la Politique de la ville, Fadela Amara.
00:20 Publié dans politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : kamel MEZITI
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